vendredi, 03 octobre 2008

Clairvoyance d'un dirigeant.



Mohamed Mahathir… un exemple à suivre :

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Il faut trois ascenseurs pour monter au 86ème étage de la plus haute tour du monde, la Pétronas ou Twin Tower, et arriver au bureau de TUN Docteur Mahathir Mohamed.
Mahathir Mohamed a été premier ministre de Malaisie pendant plus de 22 ans (1981-2003), c’est l’un des dirigeants les plus en vue du monde musulman, une de ses figures les plus marquantes et aussi l’artisan du développement économique de la Malaisie moderne.
Mahathir Mohamed est une personnalité dont le contact inspire le respect et s’impose à ses interlocuteurs par son franc parler, son audace et sa clairvoyance.
L’homme a 81 ans. Il est né en 1925, a encore une mémoire d’éléphant, une grande vitalité, la réplique rapide et les idées claires. Il a adhéré en 1945 à l’UMNO, parti au pouvoir depuis l’indépendance de la Malaisie en 1957 et obtînt son doctorat de médecine en 1955.
Mahathir Mohamed a eu une position très forte dans la défense du peuple Malais. Il a été exclus de ce parti en 1969 à la suite des heurts entre chinois et malais, mais il y revient en force en 1972, devient ministre de l’éducation nationale en 1974, puis vice-premier ministre et ministre de l’intérieur en 1976 et enfin chef du gouvernement en 1981.
Il a eu le plus haut titre honorifique de son pays, TUN, à son départ du gouvernement en 2003.
Le thème de l’interview est l’expérience malaisienne, les secrets de sa réussite et les possibilités offertes au monde arabe de s’en inspirer
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Interview avec le Dr. Mohamed Mahathir **

Al Jazeera : Le monde arabe connaît, comme vous le savez, de graves problèmes et nous aspirons à connaître l’expertise économique et l’expérience politique de la Malaisie afin de percer les secrets de sa réussite. Quelle est l’essence du succès de l’expérience de votre pays

Mahathir Mohamed : Je crois que notre problème réside dans le fait que nous ne suivons pas les enseignements de notre religion. Nous nous combattons les uns les autres et les gens ont une très curieuse approche de la religion. Il en résulte des exégèses diverses, certaines sunnites, d’autres chiites et alaouites. Quand nous devenons les adeptes d’écoles différentes, nous perdons le sens de la tolérance alors que l’islam réclame de nous d’être tolérants. Il en résulte que nous nous combattons les uns les autres et que nous nous entretuons. Cela fait un pays instable et quand le pays devient instable, il perd les moyens de se développer.
La première chose qu’il faut assurer donc, c’est la stabilité, puis éviter de nous diviser et de nous entretuer.
En Malaisie, il y a une grande diversité religieuse, ethnique, culturelle et linguistique. Nous avons aussi de grandes disparités économiques. Mais nous avons considéré que la chose la plus fondamentale était de garantir avant tout les conditions de la stabilité. Puis nous avons opté pour la participation au pouvoir et à la fortune. Personne ne peut tout accaparer pour soi-même et si elle le fait, il va en résulter de l’instabilité, un non développement et par conséquent une baisse de la part de chacun. Par contre si cette personne accepte de partager avec les autres, elle les met en confiance et du coup, les gens sentiront qu’eux aussi, ils auront leur part. Il va en résulter une stabilité et un développement économique, la part de chacun devient plus grande et chacun peut en tirer un plus grand profit.
Ainsi quand on accepte la participation, on obtient la stabilité et tout le reste devient affaire d’administration et d’imagination.

Al Jazeera : Mais il est difficile de parvenir à un climat sain, sans corruption. Quelles sont les mesures que vous avez prises pour l’éviter ?

Mahathir Mohamed : Il vous faut disposer d’une administration excellente et lutter contre la corruption. Pour ce faire on peut adopter quelques lois rigoureuses, mais le plus important est de développer un système administratif d’une parfaite transparence.
En Malaisie nous avons défini avec précision les mesures administratives à appliquer en chaque situation. Par exemple, pour obtenir un lot de terrain à construire, les mesures à suivre pour obtenir l’accord officiel, le délai exigé pour chaque étape et les compétences des fonctionnaires sont définis avec précision.
Si l’on agit rapidement avec un délai maximum pour l’exécution de chaque mesure, il n’y aura pas de place pour la corruption. Mais si tu laisses les fonctionnaires retarder l’exécution de chaque opération, ils retarderont par la même occasion la mesure afin de contraindre l’intéressé à leur verser un bakchich. Au début, tout retard de la part des fonctionnaires ne seraient que fortuits, mais quand ils s’aperçoivent que le retard peut leur générer des gains importants, ils le feront exprès.
Dans certains pays, les mesures administratives sont nombreuses ainsi que les fonctionnaires. Cela donne plus d’opportunités à la corruption. Par exemple, dans un pays, tous les ministres, y compris ceux qui n’ont rien à voir avec la question, doivent signer l’autorisation. Ce faisant, ils retardent la conclusion de l’affaire parce qu’ils ne voient aucun intérêt à l’accélérer, rendant ainsi la vie difficile aux gens.
Pour l’économie et les affaires, le temps c’est de l’argent et quand on retarde une opération on augmente du coup son coût et on cause du tort aux gens et à l’économie.
Aussi nous déterminons avec précision les compétences du fonctionnaire et s’il ne fait pas son travail dans les délais impartis, on en déduit qu’il serait corrompu et il fera l’objet des sanctions qui s’imposent en pareil cas.
Il est difficile cependant de se débarrasser complètement de la corruption simplement par l’existence de lois. Il faut des mécanismes permettant de faire le travail avec diligence et d’empêcher la corruption.
Nous avons en Malaisie un organisme de lutte contre la corruption « Agence anti-corruption », mais le plus important ce sont les procédures. Ainsi nous avons au gouvernement un manuel des procédures et chaque travail a ses procédures et des étapes bien définies.

Al Jazeera :

Ainsi le secret du succès Malaisien serait la tolérance et la participation. Existe-il d’autres facteurs ?

Mahathir Mohamed : Ces deux éléments sont les plus importants, mais il y a aussi les idées, ou comment motiver un pays ? Comment réaliser le développement ? Il y a des missions que tous les Etats accomplissent. Dans notre cas, nous avons regardé autour de nous et nous avons décidé que le Japon et la Corée du sud étaient d’excellents modèles.

Al Jazeera :

Est-ce l’idée de regarder à l’Est que vous avez adopté ?

Mahathir Mohamed : Tout a fait et c’est pourquoi nous nous sommes tournés vers l’Est.

Al Jazeera : Cela avait-il un rapport avec votre slogan du début des années quatre vingt, les Britanniques en dernier ?

Mahathir Mohamed : Les raisons pour lesquelles nous avions choisi ce slogan étaient que nous voulions leur démontrer que nous étions indépendants et qu’ils ne peuvent nous traiter sans le respect nécessaire. D’où le slogan !
Mais d’une façon générale, les Européens ont développé leurs pays depuis deux siècles et ils ont oublié, au cours de cette longue période, les difficultés qu’ils avaient rencontrées. Par contre les Japonais sont nouveaux dans leur marche vers le progrès et se souviennent très bien de leurs difficultés. Les Japonais et les Coréens sont dynamiques, ils veulent faire avancer leurs pays réciproques et ils ont des choses précises que nous voulions prendre chez eux.

Al Jazeera :

Est-ce que le rôle de la direction est déterminant dans ce succès ?

Mahathir Mohamed : La direction est éminemment importante, parce que même si les malaisiens étaient des gens très intelligents et bien expérimentés, ils n’auraient pu réaliser leurs objectifs sans une direction. L’armée en la matière est un modèle du bon commandement surtout pour définir la direction à prendre.
Le chef doit se souvenir qu’il ne peut le demeurer longtemps s’il devance ses troupes et les laisse loin derrière lui, parce qu’il va se rendre compte au bout d’un certain temps que personne ne le suit.
Par contre, s’il marche derrière ceux qu’il est censé conduire, il ne sera plus commandant mais subordonné.

Al Jazeera :

Dans bon nombre de pays arabes, on rencontre des gens qui souhaiteraient être gouvernés par un homme comme Mahathir Mohamed, engagé au service de son peuple et ayant une vision claire. Croyez-vous que vos concitoyens soient conscients du privilège d’avoir eu des dirigeants aussi compétents ?

Mahathir Mohamed :

Nous aussi nous avons quelques problèmes en Malaisie. Mais quand on se perd, on revient à la source. J’y crois personnellement en tant que musulman. Nous nous sommes longtemps perdus. Au cours des derniers 14 siècles, il y a eu beaucoup d’interprétations de l’islam. C’est essentiellement pour cette raison que nous devons revenir à la source et la source c’est le Coran et le Hadith authentique. Aussi je lis le Coran avec une grande application. Je ne le lis pas en arabe parce que je ne comprends pas la langue, mais en Anglais et en Malais. Je trouve dans le Coran une bonne guidance et chaque fois que j’y reviens je retrouve un nouvel esprit et je reprends un nouvel élan.
C’est pour cela qu’il faut revenir à la source chaque fois qu’on se perd. C’est ma profonde conviction et c’est aussi celle des gens simples. Mais si l’on se perd et que l’on commence à se débattre à droite et à gauche, alors ce sont les complications à coup sûr. Aussi il faut revenir à la source :

Al Jazeera :

Comment le gouvernement a géré le problème du discours religieux et des rapports de la religion à l’Etat, surtout que vous avez une société multi religieuse ?

Mahathir Mohamed :

En Europe, l’Eglise intervenait dans le passé dans les affaires de l’Etat et cela avait souvent des effets fâcheux. C’est pour cela que les européens ont séparé l’Eglise et l’Etat. Un certain nombre de musulmans penchent pour une séparation entre la religion et l’Etat. Cela ne peut pas se faire parce que l’islam est plus simplement un mode de vie imprégnant la politique, la législation et l’administration et couvrant tous les aspects de la vie. Le Coran touche à tout. Aussi il est pratiquement impossible de séparer ce qui relève du domaine religieux d’un autre domaine.
Le plus important est comment s’inspirer de l’islam, non pas selon les interprétations tendancieuses des uns et des autres, le chiite qui suit son imam, le chaféite suivant le sien, mais en retournant aux sources. En faisant ainsi il n’y a aucun risque de se perdre.
Notre problème est que certains musulmans veulent imiter les chrétiens et appellent à séparer la religion et l’Etat dès lors que ces derniers l’avaient fait et réussi à se développer. C’est une erreur et si les chrétiens ont mal compris leur religion, il ne faudrait pas que cela se passe de la manière chez nous.
Mustafa Kamel Ataturk pensait aussi qu’il suffisait à la Turquie de devenir laïque pour se hisser au niveau européen. Il croyait que la religion était un handicap sur la voie du progrès de son pays. En fait la religion n’était pas le handicap, mais c’était la manière d’interpréter la religion sous le règne des Sultans qui l’était. Dans leur erreur, ces derniers allaient à l’encontre des enseignements de l’islam.
Par exemple, si l’objectif est de protéger la Umma , la religion ne définit pas les moyens de cette protection. Du temps du prophète (SAS) cela se faisait par la cavalerie, mais de notre temps il faut des blindés, des avions et pour ce faire il faut disposer de la science.
L’islam te dit « Lis », non seulement les sciences religieuses mais tout d’une façon générale. Qu’avait-il le prophète à lire, alors qu’il ne savait pas lire ? Alors les musulmans de l’époque avaient lu ce dont disposaient les Grecs et les asiatiques et ils ont fondé une grande civilisation musulmane.
Mais vers le 15ème siècle après J.C. des exégètes ont réduit la science au savoir religieux et ce au moment où les européens entamaient leur renaissance. Nous, nous nous sommes occupés à nous entretuer.

Al Jazeera :

La gestion de la question religieuse dans une société multi religieuse comme la Malaisie est sûrement difficile, n’est-ce pas ?

Mahathir Mohamed :
Pas du tout, l’islam nous indique la voie juste. Que chacun de nous prie à sa façon. Nous devons être tolérants. Eux disent que tu es un égaré et toi tu dis autant des autres… Si nous sommes tolérants, il n’y aura pas de conflit. Que chacun exerce ses propres rites, à sa façon, sans contraindre quiconque à suivre ta religion. L’islam ne les oblige pas à l’embrasser et on ne peut pas dire à quelqu’un si tu n’embrasses pas l’islam je te coupe la tête.

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* 13/02/07 Traduit de l’arabe par Ahmed Manai : www.tunisitri.net/

* Al Jazeera a fait cet (te) interview à l’aide de son envoyé à Kuala Lumpur,  Mohsen Salah.

 

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Commentaires

Pourquoi les dirigeants arabes, malgré leur richesse n'ont pas suivi l'exemple de Mahathir Mohamed?

Ecrit par : Hassen | dimanche, 05 octobre 2008

Vous dites les dirigeants arabes?
est ce que il y a des dirigeants dans le monde arabe? moi je vois que les putschistes.

Ecrit par : Djilani Ftelina | dimanche, 05 octobre 2008

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